Ma grand-mère russe et son aspirateur américain de Meir Shalev

Traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen

Titre original : HA-DAVAR HAYA KAKHA

Am Oved Publishers Ltd, Tel Aviv, 2009

Editions Gallimard, 2013, pour la traduction française.

Alors voilà... C'est l'histoire d'un homme, de ses frère et sœur, de ses parents, de ses grands-parents et plus encore. C'est la préhistoire : la vie d'une famille aisée dans la Russie tsariste. La fuite en Palestine après la déflagration causée par la révolution de 17 et tout qui bascule. Tonia, lycéenne adolescente rejoint sa sœur aînée, mariée à Aharon, mère de Binya et Itamar.

Alors voilà... C'est Aharon qui trouve commode d'épouser Tonia, à la mort de Shoshana, pour donner une deuxième mère à ses petits, liée à eux par le sang. Sauf que Tonia ne veut pas s'en charger, elle les rejette. Deuxième fêlure pour Aharon qui ne trouvera son salut que dans la fuite. Tonia ira le rechercher, toujours... jusqu'à ce qu'il se jette à l'eau.

Alors voilà... Tonia a mis au monde une nombreuse couvée, deux filles dont la mère du conteur et quelques garçons. Elle travaille dur à la ferme du mochav pour nourrir et blanchir tout ce monde. Elle ne rechigne pas à s'instituer restauratrice pour les ouvriers de passage quand l'argent manque.

Alors voilà... Tonia est une obsessionnelle de la propreté. Elle traque la moindre tache avec son chiffon d'épaule, tiens ses filles en esclavage pour effectuer chaque jour le ménage à fond, n'hésitant pas à retarder la pendule d'une heure pour reculer d'autant celle de se rendre à l'école. Tonia a rejoint aussi ses frères, pionniers avec son futur mari et sa sœur aînée. Tour à tour elle les encense ou les renie, selon ce qu'ils ont dit ou fait.

Alors voilà...Tonia a un beau-frère qui a choisi l'Amérique au moment de l'exil. Aharon, très religieux, rejette son aide mais Tonia plus pragmatique, s'en accommode. Un frigo, une machine à laver... franchissent les océans et soulagent le quotidien. Un sweeper, même, prononcé à la russe.

Alors voilà, c'est un récit plein de tendresse pour une famille tentaculaire et sa pierre de voûte, Tonia. C'est aussi un récit documentaire où l'on touche du doigt la vie des pionniers, leurs choix, leurs succès, leurs regrets. C'est un récit fantastique où volent les ânesses, où le cheval est berné pour le faire mieux docile. L'âme russe imprègne le récit, confrontée aux rigueurs du réel.

A lire.

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