François Ier ou le rêve italien de Jack Lang

Librairie Académique Perrin, 1997

Première partie Un prince italien

Chapitre premier, Une force qui va, 17 pages.

Fils de Charles d'Angoulême et de Louise de Savoie, François est né le 12 Septembre 1494. Il a une sœur de deux ans son aînée, Marguerite, qui partagera ses jeux et son éducation, et l'idolâtrera comme leur mère. Cette dernière va mettre toute son intelligence et ses ressources pour faire de François un grand homme. Elle va prier pour que leur cousin le roi Louis XII n'ait pas d'enfant mâle et ce même roi va destiner sa fille Claude en mariage à François.

Chapitre 2, A la conquête de la légitimité, 25 pages.

1515, c'est confirmé : Louis XII n'aura pas d'enfant mâle pour lui succéder, la voie est ouverte et François adoubé. Il arrive à Reims le 24 janvier et passe une partie de la nuit en prières. Le sacre est pour le lendemain, dimanche. Deux jours plus tard il se rend à l'abbaye de Corbeny. Il tient entre ses mains le crâne d'un ermite du VIe siècle, Saint Marcoul, qui guérissait les écrouelles ; dès lors ce pouvoir lui est transmis et il peut poser ses doigts sur les scrofuleux qui l'attendent « Le roi te touche, Dieu te guérit ». « Dieu a donné ce don de miracle au roi de France... faculté dont nulle autre dignité sur terre n'est pourvue, fut-ce le pontificat romain lui-même » dira l'archevêque Claude de Seyssel. On consacre plusieurs jours à régaler le peuple de Paris de tournois et autres jeux afin de marquer le couronnement. François fera le tour de ses bonnes villes afin qu'elles confirment leur allégeance et en retirera des subsides. 1518, naissance du dauphin, François. Lorsque le roi déplace sa cour, ce sont près de cinq mille personnes qui suivent : les gardes, les secrétaires, le chancelier et son sceau, le trésor, les banquiers, des artisans, nombreux et des boutiquiers... avec les meubles, les tapisseries, le linge, la vaisselle... François restera fidèle au premier cercle de ses compagnons de jeux qui l'a entouré lorsque Louis XII l'a fait venir enfant à Amboise pour lui apprendre le métier des armes.

Chapitre 3, Un monde plein et riche, 12 pages.

Les règnes de Louis XII et de François Ier coïncident avec une embellie démographique, au sortir de la Guerre de Cent Ans ; la terre de France est la plus peuplée d'Europe, elle nourrit plus ou moins 18 millions d'âmes. Le souvenir de la peste noire de 1348 s'éloigne ; les conditions climatiques sont plus douces ; les filles se marient vers 20 ans et procréent dès lors ; malgré un taux de mortalité infantile élevé la moyenne des fratries se situe autour de quatre enfants. Lyon, Rouen, Bordeaux, Toulouse... bénéficient de cette croissance démographique. Si les portugais, les vénitiens, les gênois, les espagnols, les hollandais, les anglais regardent vers le grand large, encouragés par leurs gouvernants, François Ier y est peu sensible. Lui convoite les trésors de l'Italie. Il participera tout de même au financement d'expéditions montées depuis Dieppe par Jean Ango, à la recherche du bois brasil, et décidera la construction du port du Havre, en 1517. En 1523 il envoie quatre navires des frères Verrazano, trouver un passage vers la Chine. Les résultats sont décevants. En 1534, le Malouin Jacques Cartier découvrit l'embouchure du Saint- Laurent et en remonta le cours. François Ier envisagea dès lors une expédition de peuplement de ces terres nouvelles. Echec. Par le traité de Tordesillas en Mai 1493, le Pape avait scindé le monde en deux parties, attribuées l'une aux portugais, l'autre aux espagnols. Charles Quint entendait faire respecter cet arbitrage; François Ier aurait dit à son envoyé : « Je voudrais bien voir la clause du testament d'Adam qui m'exclut du partage du monde. »...

Chapitre 4, Le choc italien, 23 pages.

1515 : François veut prendre Milan ; il craint d'échouer car les Etats pontificaux se sont déjà mis en travers de la route de ses prédécesseurs. Il pense aussi forcer la maison d'Autriche à négocier s'il mène à bien son entreprise. La coalition autour du duc Sforza de Milan est composée de l'empereur Maximilien, des Suisses, du Pape et du roi Ferdinand d'Aragon. François tenta d'obtenir la neutralité suisse, en payant un arriéré de dettes, promit à Henri VIII d'Angleterre une subvention d'un million d'écus payables sur 10 annuités. Le pape Léon X venait d'être élu et avait assuré le légat de sa bienveillance. François était appuyé par les ducs de Gueldre son allié et de Lorraine, son vassal. Bien que neveu de Charles III de Savoie par sa mère, il ne lui serait pas aisé de traverser la province. La France dispose d'une armée permanente depuis Charles VII, soldée par un impôt. La partie adverse disposait d'une artillerie d'au moins 60 canons, et de quelques 40 000 hommes. François disposait de 2500 lances soient 10 000 combattants. Une lance est composée du cavalier lui-même, un jeune noble ; deux archers montés et nobles et un coutilier à pied qui achèvera le vaincu, suivis d'un page ou d'un valet. Environ 700 hommes composaient ensemble la Garde écossaise, les Gentilshommes pour la Maison du roi, avec trois compagnies de cent archers, et quelques chevau-légers, corps de cavalerie légère qui vient d'être crée. Quant aux fantassins, ils étaient pour la plupart étrangers, mercenaires. Canons et bombardes projetaient des boulets de quinze à vingt centimètres de diamètre, couleuvrines, faucons et fauconneux avaient des projectiles plus petits, de la taille d'une orange. Comme Hannibal et plus tard Bonaparte, François surgit des Alpes là où on ne l'attendait pas, grâce aux travaux du génie. Les Suisses surpris se replièrent mais d'autres harcelèrent les français qui se trouvaient en fâcheuse posture, les obligeant à veiller la nuit pour ne pas se faire surprendre. Les Vénitiens appelés au secours arrivèrent juste à temps pour sauver François du désastre. Le Milanais revint à la couronne de France, lui qui avait été repris à la reine Claude. On assura le pape du rétablissement des Médicis à Florence, on lui rappela la Pragmatique qui déclarait l'autorité des conciles nationaux sur les pontificaux, le clergé français revendiquait son indépendance. François rencontrera Léon X à Bologne et leurs points de vue s'adouciront...

Chapitre 5, Le souffle de Minerve, 26 pages.

François a hérité de tous les parchemins précieux recueillis par ses prédécesseurs, pris en Italie pour bon nombre d'entre eux. Il étoffa sa "bibliothèque" en confisquant le contenu d'autres collections et envoya des émissaires en Europe, chargés d'acheter les ouvrages les plus rares. Mellin de Saint-Gelais inventa ce qui deviendrait le dépôt légal : nul ne devait rien publier sans en faire parvenir une copie pour la librairie du roi, à Blois, à cette époque. Guillaume Budé poussa le roi à créer un Collège indépendant. La Sorbonne menaçait d'excommunication dès que le latin ou le grec pointait à l'horizon livresque... Dans sa guerre contre Charles Quint, François, fait prisonnier, eut l'occasion de visiter un collège multilingue et promit de doter la France d'une Université analogue. En 1529, il fonde les « lecteurs royaux » aujourd'hui Collège de France. Deux lecteurs de grec, trois d'hébreu, une chaire de mathématiques , une autre de latin, plus tard une chaire d'arabe : voilà les enseignements proposés... Rabelais s'en félicita, lui qui comme Marot n'était pas en odeur de sainteté auprès de ces Messieurs de la Sorbonne... On créa des collèges à Angoulême, Nîmes ou Bordeaux. L'imprimerie intéressait François. Des bulletins, quatre ou cinq par an, rapportaient les faits et gestes du roi et de ses familiers . En 1549 Joachim Du Bellay rendra hommage au feu roi dans sa Défense et illustration de la langue française. La démocratisation du livre a des limites, celle de la bourgeoisie urbaine. L'entourage du roi est très cultivé, très au fait de ce qui se passe à l'étranger. François se passionne aussi pour l'architecture. Il a de grands projets et toujours le goût de l'Italie. Ayant ramené Léonard et la Joconde, il demande au vieil homme des plans pour Chambord. Le grand homme mourra avant son édification mais il est probable que certaines de ses ébauches ont été exploitées. A son retour d'exil François décidera de résider à Paris... Les merveilleux châteaux éblouiront Charles Quint, en visite quelques années plus tard...

Deuxième partie

Le Grand Oeuvre ou la construction de l'Etat

Chapitre 6, Le prix de la guerre et le coût de la paix, 35 pages.

Après le Concordat de 1516, signé avec Léon X, et les traités de paix de 1517 François fait la tournée en son royaume. Rouen, Blois, Vannes le voient triomphant... En parallèle de grandes peurs agitent le peuple : retour de la peste, rigueurs de l'hiver, sécheresse, phénomènes naturels qui poussent à imaginer des phénomènes pires encore et à répandre la peur dans les campagnes. On craint Dieu, on croit rencontrer Satan... François, lui, doit faire accepter par le Parlement le traité signé avec Léon X. Il va devoir l'imposer par la ruse et la force. D'autre part la France est ruinée. François n'arrive plus à se faire avancer de la trésorerie malgré les charges distribuées généreusement en échange d'une exonération de remboursement des emprunts, très souvent. Autre revers de la médaille tout nouvel anobli sera exempté à jamais de la taille. Il décide de lever le décime, soit le dixième de la dîme, auprès des riches religieux mais sans organiser la croisade pour laquelle cet impôt se justifiait. L'église paie... Il faut rappeler que François dépense moitié plus que la totalité du budget représenté par la levée des impôts. Il taxa plus fort les villes réputées prospères. Cela était encore insuffisant. Il imposa la Bretagne : il mit en avant le bien-être de sa femme Claude et de sa belle-soeur Renée, titilla la fibre protectrice des bretons très attachés aux filles de Bretagne... Ses amis, habilement placés à des postes stratégiques par ses bons soins, se montraient reconnaissants et généreux quand il faisait appel à leurs prêts... Un financier, Jacques de Beaune, que Louise d'Angoulême fit baron de Semlançay avança tant de crédits qu'il faillit y laisser sa fortune. Malgré tous ces apports en 1523 on frôlait la banqueroute. On décida de créer une commission de vérification des comptes et de réorganiser le système. Pour ne rien arranger le peuple se révoltait devant les pratiques des religieux, on criait au scandale... Certains érudits prônaient le dialogue direct avec Dieu et demandaient moins de clergé. La Sorbonne s'en émut... Quelques uns furent brûlés...

Chapitre 7, Un colosse d'argile, 50 pages. 1523.

François compte agrandir ses possessions en mettant la main sur les terres du connétable de Bourbon, aidé en cela par sa mère qui se prétend héritière et s'est déjà fait attribuer une grosse part du gâteau. C'est sans compter avec le droit. Louis XI avait donné à sa fille Anne de Beaujeu des biens qui devaient revenir dans le domaine royal faute d'héritier mâle, mais Louis XII a aboli cette clause pour avoir le soutien des Bourbons lors de son divorce. Quant à la mère de Louise de Savoie, Marguerite de Bourbon, elle a officiellement fait un trait sur son héritage. Le droit plaide en faveur du connétable et il entend bien grâce au procès retrouver son duché. On dit qu'il a refusé d'épouser Louise, et même sa sœur, Philiberte de Savoie, car il convoite une union avec la sœur de Charles Quint, Eléonore, reine douairière du Portugal. Cette perspective inquiète fortement François, car elle apporterait au connétable puissance et argent, et en ferait un rival redoutable. Comme il se prépare pour une nouvelle campagne d'Italie, François incite le connétable de Bourbon à s'enrôler sous sa bannière. Celui-ci voit le danger : en renouvelant ses vœux de vassalité vis à vis de son cousin il faciliterait la cession de son duché. Il refuse et se retrouve dans le camp adverse, allié de Charles Quint... Enfin, il ne le fait pas franchement sinon il serait accusé de trahison, en changeant de suzerain. Il va signer un accord d'assistance militaire qui prévoit d'envahir la Bourgogne que Charles veut retrouver car sa grand-mère en a été spoliée. La zizanie familiale est à son comble. Louise avertie par le fidèle Brézé du complot, avertit François du danger encouru quand il va traverser le Bourbonnais : un enlèvement possible. Avec la protection de son oncle , le Bâtard de Savoie, François fait fi des menaces. Une rencontre a lieu entre François et le connétable, souffrant et alité. Les deux hommes rivalisent en fourberie, chacun assurant l'autre de ses meilleures dispositions. Mais François attendra sans fin à Lyon que le connétable le rejoigne, celui-ci ira se réfugier dans un de ses châteaux, forteresse du Cantal. Quand il reçoit une fois encore un envoyé de François venu le chercher, le ton a changé, les menaces sont claires s'il refuse d'obtempérer. Au lieu d'obéir le connétable s'enfuit. Sa sœur, la duchesse de Lorraine va tenter de réconcilier les deux parties, vainement. Le connétable exige qu'on lui rende ses biens et qu'on le réhabilite ce que refuse François. La rupture est consommée, le connétable peut passer à l'ennemi et honorer sa parole de soutien à Charles Quint. François est décidé à renouveler l'exploit de Marignan ; il a jeté son dévolu sur Milan, voulant montrer sa toute puissance à l'Europe entière. Pendant qu'il poursuit ses chimères la France souffre. Envahie au Nord par les anglais qui la mettent à feu et à sang, elle attend vainement du secours. L'envahisseur menace Paris. Le Parlement doute de la volonté royale. On envoya d'Orléans 25 pièces d'artillerie. Une épidémie décima fort à propos les rangs anglais, car François décidé à défendre sa capitale était bloqué à Blois, très malade. On décida de faire un exemple en décapitant le complot Bourbon ; en l'absence du connétable on choisit d'exécuter Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier en place de grève. Le vieil homme était dans un état pitoyable. Une heure durant il attendit sur l'échafaud son exécution. Arriva alors la commutation de sa peine en détention à perpétuité de par le roi tout-puissant. C'est l'intervention de Brézé qui a sauvé la tête de son beau-père. Rappelons que Saint-Vallier s'était illustré à Marignan. François rentra dans Paris qui pour fêter les retrouvailles lui prêta 300 000 écus. Le roi attaqua une fois de plus les pouvoirs du Parlement qui tentait de faire respecter un équilibre de justice contre l'absolutisme que tentait d'installer François. Reparti pour son rêve de conquête de l'Italie, François apprit la mort de la reine Claude, usée par les grossesses à répétition. La jeune femme, 25 ans, avait mis au monde sept enfants en 1515, 1516, 1518, 1519, 1520, 1522, 1523, et mourut en couches en 24... (Ses deux filles aînées, Louise et Charlotte étaient mortes avant elle, la première à l'âge de 3 ans, la deuxième l'année de ses 8 ans, ce qui bouscula les alliances signées...) François pleura Claude, Louise aussi, qui déplorait la mort de la mère de ses petits-enfants. Claude est passée à la postérité pour son grand amour des plantes alimentaires et son nom est attaché à une prune, la reine-claude, qui prospéra en son verger de Blois. Quand elle se vit à l'article de la mort, Claude légua le duché de Bretagne à François, son fils aîné, le dauphin. Elle passait outre à la coutume de Bretagne qui voulait que le duché fût attribué au puîné, imitant ainsi les volontés de son père qui ne l'avait pas légué à sa sœur Renée.

La campagne d'Italie ne se passait pas bien. Les valeureux compagnons d'armes de François se faisaient abattre, ainsi mourut Bayard, après des heures d'agonie, les reins brisés, veillé par la partie adverse, dont le connétable de Bourbon qui tint à lui faire ses adieux. Le connétable qui, pressé d'en finir et de retrouver son duché, était maintenant mûr pour accueillir Henri VIII d'Angleterre comme souverain en France. Marseille fut attaquée. François lui ayant envoyé des renforts, Bourbon dut opérer un recul. Louise, régente pour la seconde fois, tentait en vain depuis Lyon, d'empêcher François dans son projet de s'emparer de Milan. Il avança au plus vite, afin d'éviter la rencontre qu'elle projetait.

Au matin du 24 Février 1525, devant Pavie, la fine fleur de la chevalerie française était décimée, les troupes de Charles Quint lui faisaient un cadeau magnifique, le jour de ses 25 ans. François était son prisonnier, Charles apparaissait donc aux yeux de tous comme le maître de l'Occident. De longues tractations allaient commencer car Charles tenait à retrouver sa Bourgogne, récompenser son allié le connétable... Au bout de l'année qu'il passa dans différentes geôles d'Espagne et dans des conditions plus ou moins confortables, il fut décidé que François revenait au royaume de France mais que ses deux fils aînés le remplaçaient comme otages en Espagne. Il faut dire qu'il avait signé de très nombreuses promesses que Charles Quint doutait qu'il eût l'intention d'honorer...

Chapitre 8, La Grandeur retrouvée et les machinations, 29 pages.

17 Mars 1526 : un échange de prisonniers a lieu, le père contre les deux garçons de 8 et 7 ans. 20 Décembre 1527 : François réunit un second lit de justice pour lever la rançon qui permettra à ses enfants de revenir en France. Il n'est pas question de rendre la Bourgogne. Il s'arrange pour que l'idée de collecter la somme astronomique dont il a besoin vienne du Parlement et des nobles réunis en assemblée, leur laissant imaginer ce qui adviendrait de la France s'il se constituait à nouveau prisonnier. Depuis son retour le roi a apuré ses dettes en éliminant physiquement son plus gros créancier, Semblançay, ruinant sa famille et ses amis, les spoliant de leurs châteaux qu'il redistribue pour se faire de nouveaux obligés. Face cachée du personnage historique, face très noire...

Chapitre 9, De la royauté, considérée comme un chef-d'oeuvre, 54 pages.

1,2 million d'écus ont été versés pour la libération des princes. Cette rançon a été réunie grâce aux dons sur le sol de France, plus aucun étranger ne se risque à prêter à François... Duprat et Montmorency sont les conseillers en vogue qui inaugurent le nouveau sacre, le retour du roi. La noblesse de province s'est un peu fait tirer l'oreille pour accepter de contribuer au versement de la ponction royale. Les grandes villes également qui craignaient que forts du précédent les gouvernants en profitent pour établir un nouvel impôt. Elles exigèrent donc que tout reçu soit détruit... Enfin le 1er Juillet 1528 l'échange entre la barque chargée des sacs d'or et celle ramenant les princes eut lieu. On leur fit fête partout dans le royaume. Dans une autre embarcation suivait la reine douairière du Portugal, Eléonore, sœur de Charles Quint, donnée en mariage à François...

Si une partie non négligeable de la population prospère, beaucoup de pauvres gens meurent encore littéralement de faim ; des troubles éclatent où ils réclament du pain. On crée des bureaux de pauvres dans les grandes villes, qui sont chargés d'encadrer les démunis pour éviter les débordements. Pendant ce temps François continue de travailler à asseoir l'absolutisme, bien qu'il soit sensé obéir à la loi, c'est lui qui la décrète selon son bon vouloir... Il ne réunit pas les Etats Généraux mais les convoque, choisit les délégués qui siègeront. Petit à petit il rogne les pouvoirs qu'avaient gardés les grands états : Languedoc, Normandie, Bretagne qu'il annexe au royaume en manoeuvrant les bretons afin que la demande de rattachement soit de leur fait. Le Conseil, composé de Grands est là pour équilibrer la gouvernance du pays. François fait en sorte de n'y pas rencontrer d'opposition à sa volonté. Les cardinaux de Lorraine et de Tournon se joignent au cénacle. Ils cumulent les revenus de leurs abbayes, évêchés... La loi est mise en forme : ordonnances, édits, arrêts sont publiés, mais aussi récités par les crieurs publics et annoncés par les curés dans les paroisses. Le roi est tout-puissant parce qu'il décide de la justice, faisant fi des parlements. La doctrine de Luther qui s'insurge contre les excès de l'Eglise a des adeptes jusque dans les cercles proches du souverain, telle Marguerite de Navarre. La Sorbonne et tous les puissants bénéficiaires des revenus ecclésiastiques prennent peur. On obtient de François qu'il sévisse. L'arrêt est brutal et disproportionné à l'offense : villages rasés, femmes et enfants brûlés, hommes assassinés... Le Pape demande d'adoucir les sentences, Charles Quint s'offusque de tant d'acharnement contre le peuple de France... Encore une face cachée de notre aimable François, noire, très noire. Officiellement il tente d'inviter des tenants allemands de la Réforme pour venir débattre avec des représentants de la Sorbonne : le débat n'aura pas lieu, faute de débatteurs. Fidèle à son amour de l'Italie, François va faire édifier et décorer Fontainebleau pour étaler ses collections... Il y est représenté en Hercule... mythologie et religion se mêlant habilement pour le flatter, et éblouir les visiteurs.

Troisième partie Le labyrinthe européen.

Chapitre 10, La chimère de la monarchie universelle, 42 pages.

On se rappelle que François a concouru pour l'élection d'empereur du Saint-Empire romain germanique, tout comme Charles d'Espagne et quelques autres. En mourant Maximilien, grand-père de Charles ne laissait pas d'enfant mâle pour lui succéder de droit. Tous s'employèrent donc à gagner les suffrages des Electeurs, à les acheter, sans être certains que le moment venu celui qu'ils avaient richement doté leur donnerait sa voix. François dépensa sans compter... Ce fut Charles l'élu. François prétendit ne pas être ému du résultat... Pour l'Europe en devenir, et sa domination Charles marquait un point. On se rappelle aussi que dix ans après Marignan, François voulut réitérer l'exploit et fut fait prisonnier devant Pavie. Il s'y battait comme au Moyen-Age finissant quand ses adversaires eux, fournissaient à leurs troupes des armes modernes. Là non plus il ne se remit pas en cause, oubliant sa folle bravoure qui avait fait taire les canons français par peur de l'occire. Il mit son honneur en avant, en chevalier de l'époque finissante...

Chapitre 11, La France à la reconquête de son rang, 26 pages.

Henri VIII marié à Catherine d'Aragon voudrait faire casser son mariage par le Pape. Il n'a pas d'héritier mâle et désire épouser Anne Boleyn. François le soutient, ce qui ne suffit pas. Henri VIII se coupe donc de la papauté, se proclame chef de son église, épouse Anne qui est couronnée reine d'Angleterre. Elle mettra au monde Elizabeth, future reine, avant d'être décapitée, moins de trois ans plus tard. Henri VIII sera marié six fois : Jeanne Seymour, Anne de Clèves, Catherine Howard (elle aussi décapitée) et Catherine Parr se succèderont. Jeanne Seymour sera la seule à lui donner un héritier mâle, Edouard.

Les italiens font alliance avec François, bien qu'ils craignent ses visées sur leurs territoires. Ils tentent ainsi de se protéger de Charles. 1526 : signature de la Sainte Ligue, pour barrer la route aux infidèles ; en réalité pour contrecarrer Charles. François a promis sa protection aux états italiens de Florence et de Venise. Lors de l'attaque des Impériaux en 1527 il ne répondit pas à l'appel au secours de ses alliés. Rome fut livrée au sac des troupes de mercenaires du connétable de Bourbon, impayés et avides de pillage. Charles Quint fut accusé de s'en être pris à l'Eglise, lui qui s'en voulait le rempart contre les infidèles. Le voilà avec un otage bien embarrassant : le pape Clément VII. Aussitôt François décide de l'aller délivrer et envoie une armée en Italie. Henri VIII d'Angleterre est son allié dans cette entreprise de reconquête. Les enfants royaux sont encore aux mains de l'Espagne. François se fâche avec le gênois, Doria, qui passe à l'ennemi. Les gênois chassèrent la garnison française censée les défendre...

Encore une guerre d'Italie qui se termine mal pour la France. Cette victoire fit du bien à l'Empereur, lui qui devait se confronter aux révoltes de ses états allemands dont certains s'étaient convertis à la doctrine de Luther. Les turcs avaient pris la Hongrie mais les Cortès s'étaient opposés à aller les chasser. En Méditerranée, Barberousse, le corsaire allié du Sultan, faisait régner sa loi.

Louise de Savoie, mère de François, et Marguerite de Flandres, tante et marraine de Charles décidèrent d'oeuvrer pour la paix. Elles avaient eu Anne de Beaujeu pour tutrice et le dernier époux de Marguerite était Philibert de Savoie, frère de Louise. Ces messieurs régnants n'approuvèrent pas officiellement les pourparlers mais acceptèrent de signer un traité de paix en fin de compte. Ce fut la Paix des Dames, le 3 août 1529 . François abandonne ses alliés, le duché de Milan et le royaume de Naples, ainsi que l'Artois, la Flandre et Hesdin ; mais il conserve la Bourgogne. Il devra payer deux millions d'écus d'or pour que les princes lui soient rendus. Ce traité de Cambrai est considéré par les historiens comme l'acte fondateur d'un équilibre européen. En Méditerranée, essentielle voie de communication entre les états de l'empire des Habsbourg, la partie nord est contrôlée par les Turcs. Dans la partie sud, c'est son capitan-pacha, Barberousse qui fait la loi. Depuis Alger il mène des raids sur les côtes de Sicile et d'Espagne. Charles Quint doit le contrer pour garantir la sécurité de ses ports de Tripoli et d'Oran, construits par Ferdinand d'Aragon, son grand-père.

Le pape Clément VII signa une alliance avec François en offrant sa nièce Catherine au fils puîné, Henri, duc d'Orléans. Elle descend par sa grand-mère de Saint-Louis et apporte la fortune des banquiers Médicis dans sa corbeille de mariée. Elle possède aussi des fiefs en Auvergne et en Picardie, le duché d'Urbino en Italie...

Dès 1525, la France a des contacts avec Constantinople. Soliman avait le désir de garder son indépendance stratégique. Les événements des Balkans ravivèrent les relations entre les deux pays. 1526, mort du roi Louis II de Hongrie dans une bataille contre les Turcs. Ferdinand de Habsbourg, frère de l'Empereur et Jean Zapolya, voïvode de Transylvanie, soutenu par le Sultan, se partagent le trône. François envoie une mission à Constantinople pour demander au Sultan de ne pas attaquer l'Europe centrale ; il ménage ses amis les Etats allemands. Le Sultan est à la tête d'un empire géré par des mains étrangères, grecs ou albanais, renégats de leur foi, toujours en danger dès qu'ils s'élèvent car les jalousies sont mortelles. L'armée du Sultan, forte de ses janissaires impressionne les états européens. Soliman ne répondit pas favorablement à la requête de François. 1532, il attaque l'Autriche tandis que Barberousse et sa flotte se dirigent vers la Méditerranée. Charles Quint vint secourir ses états et triompha.

François reçut le capitan-pacha lui-même, lors de son pèlerinage au Puy, en 1533. Il lui apportait un lion en cadeau ainsi qu'une centaine de chrétiens enchaînés. Un mois plus tard Barberousse prenait Tunis. 1535 : nouvelle ambassade à Constantinople, entente stratégique camouflée en mission commerciale. Barberousse attaquerait la Sicile et la Sardaigne tandis que François rejoindrait Gênes par terre en traversant le Duché de Savoie. Quant à Charles il fit appel à François pour un renfort en galères qui l'aideraient à reprendre Tunis. Celui-ci se défaussa.14 juillet 35, Charles s'empare de La Goulette, libère 10 000 chrétiens. Moulay-Hassan est rétabli sur son trône, Charles redevient maître en Méditerranée.

Clément VII meurt en 1534, son successeur est un Farnese, qui règnera sous le nom de Paul III. L'opinion européenne était scandalisée par l'alliance entre le Sultan et le roi Très-Chrétien ; François devait renoncer à l'Italie et Charles était plus puissant que jamais. Seul avantage de ces compromis avec la Sublime Porte : 1536, la France et Ibrahim Pacha signent un traité de commerce et de tolérance mutuelle, les Capitulations. Dorénavant les Français peuvent commercer librement en Méditerranée orientale, en payant les mêmes droits que les sujets du Sultan ; le même régime est accordé aux Turcs en France. Les lieux saints passent sous contrôle de la France . Ainsi François obtint par la diplomatie ce que n'avait pas réussi son cousin Charles en guerroyant.

Chapitre 12, Entre la guerre et la paix, 34 pages. 1536 : le dauphin François meurt après avoir bu une coupe d'eau glacée alors qu'il venait de disputer une partie de paume. On accusa Charles Quint de l'avoir fait empoisonner et un malheureux déclaré coupable fut écartelé. Henry II devenait dauphin de France. 1537 : François dénonce le traité de Cambrai. L'argent est le nerf de la guerre : il fallut se concilier les bonnes grâces des banquiers florentins, et refaire ami avec les gênois. Trêve et rencontre tripartite à Nice : le pape, l'empereur et le roi. Seul le pape prêchait pour la paix . 1539 : pour régler une affaire aux Pays-Bas, Charles qui vient de perdre son épouse, choisit de faire confiance à François et de traverser la France. Il reçoit un accueil digne de son rang et le roi lui fait visiter ses châteaux des bords de Loire, Fontainebleau... Rappelons que la seconde épouse de François est Eléonore d'Autriche, veuve du roi du Portugal, qu'elle fit partie de l'échange lors de la restitution des princes. Elle est aussi et surtout la sœur aînée de Charles. Charles parti combattre les Turcs vit sa flotte anéantie devant Alger, sans avoir combattu, par une tempête. 1542 : François déclare la guerre à Charles ; succès au début puis revers quand les alliances évoluèrent. Henry VIII est passé chez l'Empereur. Il en veut à François de soutenir le camp écossais. 1543, le Sultan, allié de François, envoie Barberousse qui commande une flotte de 110 galères couper la route entre l'Italie et l'Espagne. Ils s'installent à Toulon, dans les villas des notables qui ont été priés de quitter les lieux afin de ne pas se mêler aux Infidèles. La ville se transforma en cité turque avec mosquée et marché aux esclaves. Toulon sera exemptée de taille pendant dix ans pour la dédommager des dégâts causés par cette occupation. Barberousse acceptera de rentrer à Alger, passés les mois d'hiver, contre un fort dédommagement... 1544 : dernière grande victoire à Césiroles. L'Empereur qui menaçait l'Est du pays, Henry qui débarquait à Calais. Il était temps de conclure un arrangement, d'ailleurs ils n'avaient plus de quoi solder leurs combattants... Charles, le second fils du roi se marierait soit avec la fille de l'Empereur, soit avec sa nièce, auquel cas il recevrait le Milanais. Mais Charles mourut bientôt, de la même façon que son aîné François. Le Milanais était perdu pour toujours.

Epilogue

Le triomphe de la Salamandre.

1546 : pour le baptême de la première fille de Catherine de Médicis, dont Henry VIII est le parrain, François donne une fête gigantesque.

1547, mort d'Henry VIII le 28 janvier.

1547, mort de François, le 31 Mars. Il sera enterré quelques semaines plus tard après que l'on ait réuni les cercueils de ses deux fils, en la basilique de Saint-Denis.

1558, mort de Charles, le 24 février. Il a abdiqué en faveur de son fils Philippe, et a passé les derniers mois de sa vie retiré dans un couvent.

Soliman s'éteindra en Septembre 1566.

Khayr ad-Dîn Barberousse les a précédés le 4 Juillet 1546, son frère Arudj en 1518...

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