Titre original: Nâdi-al-sayyârât

Editeur original: Dâr al-Shorouq; Le Caire, 2013.

roman traduit de l'arabe (Egypte)

par Gilles Gauthier.

Actes Sud, 2014.

En quelques pages d'introduction l'auteur nous explique que son roman sera à trois voix: celles de deux de ses personnages qui ont pris vie et réclamé de faire valoir leurs sentiments, et la sienne, le narrateur.

Encore quelques pages pour nous rappeler les temps épiques de l'invention de l'automobile et au cours du chapitre 3 nous abordons le sujet du roman, l'Automobile Club du Caire. Il fut fondé en 1924 par des Turcs, la présidence dévolue au roi Fouad Ier et la direction à l'anglais James Wright.

1940, sous le règne de Farouk. Le tableau qui en est peint n'est pas en sa faveur: il passait plus de temps à s'amuser qu'à gouverner l'Egypte, bien qu'il s'en défendît...

Presque tout le roman se déroule au Caire, même si la famille Hamam vient de Haute- Egypte où le père était un dignitaire richissime. Trop généreux il a distribué des largesse à toute sa tribu, aux villageois, à tous les nécessiteux et a dû se résoudre à vendre ses dernières terres et venir occuper un emploi salarié de magasinier, au Caire. Son épouse Raqia, (Oum Saïd) lui a donné quatre enfants: Saïd, Kamel, Mahmoud et Saliha. Abdelaziz cachera la ruine à ses enfants, installant la famille dans un superbe appartement où il peut continuer à entretenir leurs relations de Haute-Egypte quand elles séjournent au Caire.

Dans le même immeuble vivent l'épicier, son épouse Abla Aïcha et leurs enfants Faouzi et Faïqa.

Le garçon est l'ami de Mahmoud, cancres notoires ils passent leurs journées à jouer au foot, à fumer du hachisch, jusqu'à ce que l'entrée dans le monde du travail aide Mahmoud à s'épanouir.

Saïd n'a pas eu d'assez bons résultats scolaires et doit se contenter de l'enseignement technique. Il jalouse son cadet de deux ans Kamel qui est inscrit en Droit et la benjamine Saliha qui décroche tous les premiers prix. Il est tyrannique avec sa jeune sœur. Le jour où il décide de la marier pour garantir un partenariat dans un montage financier la jeune fille entend ses arguments et abandonne ses études. Saïd a épousé Faqïa qui a aussitôt tenu à l'écart la famille de son mari.

Kamel est entré au Club comme magasinier à la mort de son père qui n'a pas supporté l'humiliation d'une correction. El -Kwo, âme damnée de Farouk dirige les serviteurs du Club à coups de bastonnades, humiliations, privations et attend d'eux en retour des marques d'affection, de respect. La misère morale et sociale, l'absence d'éducation de ces malheureux qui ont été appris à se soumettre, s'abaisser pour recevoir ce qui leur est dû en échange de leur travail est poignant. Quelques uns tentent de s'émanciper, refusent les coups mais sont brisés par la torture dans les geôles de la police politique... Heureusement les exploits de Mahmoud, gigolo patenté auprès de dames esseulées permet de sourire, de ne pas être écrasé par ces situations abominables. C'était du temps de l'occupation anglaise, dans les années 40, et c'est un très beau roman.

A lire.

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