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Evelyne Camara

Isabelle Dion

Jacques Dion

 

Coédition

Archives nationales d'outre-mer/

Images En Manoeuvres Éditions

Collection Histoires d'outre-mer

 

  Très gros album de 270 pages. C'est un recueil de documents: correspondances, rapports, textes de lois etc... et illustrations. Les auteurs ne sont intervenus que pour le tri des articles, leur classement en grands chapitres, l'explication du vocabulaire, la provenance des images.

  Une quinzaine de pages écrites par Nelly Schmidt, directrice de recherche au CNRS, complètent l'ouvrage, ainsi que la bibliographie finale.

  Ce qui laisse pantois, c'est justement cette froideur des documents. Pas de fioritures ni de sentimentalisme: du brut. Du témoignage qui ne connaît pas sa destination au moment où il a été écrit, car il n'était qu'utilitaire à ce moment-là.

  La traite des noirs, appelés nègres, (adjectif synonyme qui a de nos jours une connotation raciste) bat son plein du XVIIe au XIXe siècle. Des millions sont ainsi déportés pour aller travailler les champs de cannes à sucre, de coton, de café. Certains négriers surveillent leur cargaison, évitant de grosses pertes, d'autres la négligent totalement. Il s'agit là de marchandise, et pourtant c'est bien d'êtres humains qu'elle est constituée. Je n'avais jamais songé sérieusement aux modalités pratiques de ces périples. Je suis édifiée.

  Il y a des chapitres consacrés à la vie de tous les jours des esclaves. On nous décrit la plantation, ses habitations, les cases entourées d'un jardinet cultivé le samedi pour apporter un supplément aux repas fournis par le maître. La nourriture ne comporte souvent pas d'apports caloriques suffisants pour ces travailleurs de force; il est fait référence au nègre qui a un gros appétit et qui se soumet volontiers s'il sait que son estomac sera bien rempli. On en a la nausée. On pense à la fable de La Fontaine où le chien a le cou tout pelé mais l'écuelle pleine. Comment peut-on ainsi réduire son semblable à un état de dépendance qui ne s'occupe plus que des besoins vitaux: manger pour survivre, jour après jour, sans espérance?

  Au fil des siècles on voit se constituer de légères modifications de régime, des mulâtres,  des affranchis forment une classe un peu distincte, et les nouveaux arrivants sont difficiles à régenter, par rapports aux esclaves nés sur la plantation. Malgré tout, lorsqu'un maître meurt brutalement c'est son esclave le plus dévoué, le plus proche qui est soupçonné et exécuté.

  Et puis la première abolition de l'esclavage en 1789, vite abrogée. Le 16 juillet 1802 il est rétabli. La révolution de 1848 sera de nouveau favorable à sa disparition mais c'est sans compter sur le pan économique que ce bouleversement social entraînera. On va indemniser les planteurs pour leur perte. Autrement dit, c'est une prime à la cruauté car, même si tous n'ont pas été inhumains, ils détenaient des vies, des destins.

  Je n'ai pas parlé de la religion, ni des fugitifs, tout est à connaître.

  Il y a dans cette compilation de documents tout l'univers concentrationnaire qui mènera aux abjections du XXe siècle. J'aimerais que ce livre soit dans tous les centres de documentation de toutes les écoles de France et que les professeurs en lisent de larges extraits afin de ne pas laisser ignorer les ignominies commises par certains, tolérées par d'autres, ignorées de la majorité qui de son côté, survivait au jour le jour sur le sol de France. C'est ça l'éducation: apprendre le respect de l'autre en étant conscient que c'est un bien éphémère et qu'à d'autres époques il n'en a pas été ainsi. Savoir pour ne pas reproduire, sous quelque forme que ce soit, ne pas avilir, ni physiquement ni mentalement. 

  C'est à lire.

 

 

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