Lundi 12 octobre 2009
  Il en est des conglomérats humains comme des édifices en architecture : qu'un petit rien leur fasse défaut et ils s'écroulent parce que ce petit rien était indispensable, c'était lui qui maintenait, vaille que vaille, la cohésion de l'ensemble.
  C'est ce que j'ai ressenti à la mort de Maman. Il s'est ouvert une béance, et tout mon univers s'est engouffré dans ce trou sans fin, ce néant.
  Je passe sur la douleur, perdre sa mère c'est effroyable, j'irais jusqu'à dire inconcevable. Non pas intellectuellement, on nous apprend que la succession naturelle des générations veut que le pied souche disparaisse avant ses rejetons, et l'inverse est une cruauté qui m'a été épargnée.
  Mais quand le cordon se coupe à tout jamais, quand la voix s'éteint, c'est une brèche sur le néant qui s'ouvre devant nous.
  N'allez pas croire que j'étais toujours fourrée dans les jupes de ma mère. Non, j'étais mariée, je travaillais, je vivais à plusieurs centaines de kilomètres et ne la voyais que trois ou quatre fois l'an. Comme je ne suis pas une adepte du téléphone, quand rien de la santé de mes parents ne me préoccupait, je ne les dérangeais pas beaucoup.
  Et tout allait pour le mieux. Maman m'a toujours dit qu'il est bon que les jeunes couples vivent loin des parents, pour la cohésion de leur union. Et Maman c'est ma Bible. Oui, j'en parle peu, très peu même, parce qu'on ne pense pas à parler de son essence même, ou on n'ose pas?
  Maman, c'est mon échafaudage, mon étayage, mon miroir, celle qu'on m'a toujours dit que je ressemblais, jusqu'à occulter l'autre partie de moi-même, celle qu'il m'arrive soudain de rencontrer dans le reflet d'une vitrine, au détour d'un regard.
   Maman c'était surtout le grand amour de Papa, le pourquoi il restait en vie. Et quand la mort la lui a brutalement arrachée, j'ai tenté vaille que vaille de l'aider à survivre. Mais c'était au-dessus de ses forces et il s'en est allé un an après elle.
  Longtemps après, quand survient la période de Noël, je suis envahie par ces souvenirs douloureux. Plus que le temps qui s'écoule, c'est la naissance des petits et la magie de Noël, l'éblouissement de l'enfance qui brille dans leurs yeux qui me l'ont adoucie.
  Donc, à la mort de Maman, nous nous sommes retrouvées orphelines, mes deux aînées et moi. Pour quelques mois, nous allions retrouver la complicité rapprochée de ceux qui vivent sous le même toit. Et puis elles me quitteront très rapidement, emportées elles aussi par la maladie.
  Et je survis, parce qu'il en faut bien une, n'est-ce pas? 
  J'ai compris, au détour d'un bout de trottoir où j'ai entendu des confidences, que des clés de voûte, il y en avait dans toutes les familles, plus ou moins discrètes, comme Maman, ou exubérantes, comme ma "déposante" mais fragiles, si fragiles et costaudes à la fois!
  Portez vous bien!  
  
 
Par Mésange bleue - Publié dans : Articles récents - Communauté : Passion de l'écriture
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