la-tia-Julia.jpgLima 1977

Traduit de l'espagnol (Pérou)

par Albert Bensoussan

Editions Gallimard 1979

 Il ne s'agit pas d'un roman où se croisent les destins de l'auteur, de son grand amour et d'un feuilletoniste, mais  c'est un énorme millefeuilles qui fait alterner une couche de la vie romancée de l'auteur et une couche d'un feuilleton à chaque fois abracadabrantesque,... Il ne faut pas se torturer l'esprit à suivre les héros des feuilletons, tout défie la logique.

  XX chapitres de torture mentale pour un esprit cartésien, où il ne se passe rien, si ce n'est en alternance les rendez-vous de Marito avec la Tante Julia, qui sont souvent déprimants tant c'est répétitif, allez en une cinquantaine de feuillets il aurait pu nous les conter.

   J'ai quand même réussi à trouver de l'intérêt dans ce que je suppose être le quotidien des liméiens des années 50, avec un romancier on n'est jamais sûr de rien... Chaque feuilleton nous décrit Lima, ses monuments, nous les cite en tout cas, nommant les quartiers, il faudra se munir d'un solide plan bien clair pour une relecture.

  Dans beaucoup de feuilletons intervient l'inceste, l'enfant qui en est le fruit ayant divers destins. Reviennent aussi comme une ponctuation, un refrain "l'homme dans la fleur de l'âge, la cinquantaine, au profil aquilin"

  Ce que j'ai préféré c'est la tribu, tentaculaire comme il se doit, de la famille maternelle, les grands-parents qui élèvent, les tantes et oncles qui protègent mais aussi espionnent Varguitas. De l'autre branche il parle peu sauf au moment du dénouement, où on apprend que ses parents ont été reçus par un oncle  paternel.

   Le feuilletoniste, Pedro Camacho est décrit comme un défi aux lois de l'équilibre et de l'esthétique de Dame Nature. Il en est souvent ainsi dans les feuilletons qu'il écrit et que des acteurs de troisième zone interprètent à la radio: les héros vous évoquent Quasimodo plus qu'Esméralda. Ce qui est savoureux ce sont les descriptions des bruitages, on croit se trouver dans le studio... 

  Le phénomène des feuilletons en tant que phénomène de société est intéressant; il préfigure les sagas télévisées; les liméiens en parlent entre eux, supputant sur les événements à venir. Et puis tout se gâte, des plaintes arrivent à la Radio parce que tel héros qui était mort reparaît, a enfilé un autre rôle! Situation exploitée dans "la vraie vie" quand Marito rencontre Camacho, tout se mélange, le lecteur perd un peu plus pied.

   Les thèmes abordés sont tout aussi déstabilisants; les rats y ont une grande importance, les psys et la psychanalyse qu'il ne semble pas porter dans son coeur. "Il" est-ce Pedro Camacho ou Varguitas? A-t-il pour des raisons alimentaires écrit ces fameuses histoires complètement déjantées? La violence physique, père qui bat ses filles, toute la famille qui se révolte, provoque, assassine; enfin pas tout à fait car la lecture se termine par un questionnement, propre à ce genre littéraire.

  Il est souvent question de religion, de phénomènes de bandes; je vous livre pêle-mêle mes impressions. Beaucoup de phrases tarabiscotées, de vocabulaire d'un autre temps, tout est décalé, surréaliste, bizarre, extravagant, invraisemblable...

   

 

  

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