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nouvelles

Traduit de l'espagnol (Mexique)

par Gabriel Iaculli

préface de J.M.G. Le Clézio

Gallimard

2001

Titre original

El llano en llamas

1953

 

  Recueil de dix-sept nouvelles publiées entre 1945 et 1953 dans des revues littéraires avant que d'être réunies par un éditeur américain, au Fondo de Cultura Económica, la plus grande maison d'édition publique du Mexique.

 

  On nous a donné la terre.

  "Nos han dado la tierra" conte très court paru en Juillet 1945 dans une revue littéraire provinciale au tirage limité, qui fera  pourtant connaître  son auteur dans le monde entier.

  Des paysans ont reçu en partage une immensité désertique où ils savent déjà que rien ne poussera jamais; ils ne peuvent faire entendre leurs doléances. Absurdité du don inutile et encombrant. (6 pages)

 

  La Cuesta de las Comadres.

  Les Torrico avaient une vue perçante. Ils s'installaient et faisaient le guet. Quand une proie apparaissait dans le lointain ils partaient la dépouiller. Alors bêtes et gens retrouvaient pour quelques jours le goût de vivre. Puis ils rentraient et tous se terraient...(10 pages)

 

  C'est qu'on est très pauvres.

  Il a beaucoup plu. La récolte d'avoine est gâchée, la vache Serpentine emportée par les flots. Ceci est dramatique car elle devait servir de dot à Tacha 12 ans et la protéger de la prostitution qui a emporté les deux aînées vers la ville voisine, au grand désespoir du père. C'est pour prévenir la benjamine de cette calamité qu'il avait économisé sou par sou pour lui offrir cette vache en garantie d'une vie meilleure. Ici encore le sort s'acharne sur les miséreux.

 (6 pages)

 

  L'homme.

  Poursuite entre l'assassin d'une famille entière et le seul survivant de la tuerie, qui se trouve être justement celui qu'il devait éliminer. N'y voyant rien dans la nuit et ne voulant pas repartir sans avoir vengé son frère, l'homme a assassiné toute la maisonnée, et il le regrette, il réfléchit, à retardement, aux stratégies qu'il aurait pu mettre au point pour éviter ça... Celui qu'il visait n'était pas rentré de l'enterrement de son nouveau-né. Enchaînement des vendettas. Pesant. Comble de l'absurdité, le berger qui vient déclarer le dernier mort, car il a été tué dans son pâturage, va certainement devoir endosser le meurtre, justice plus qu'expéditive! (11 pages)

 

  A l'aube.

  Justo Brambila, un fermier, surprend, au petit matin, son vacher en train de donner une correction à un veau. Dans la bagarre qui s'ensuit, il s'assomme sur un pavé de la cour. C'est là que  Margarita découvre Justo, elle qui venait lui raconter la scène que sa mère, impotente, lui avait faite en découvrant qu'elle couchait avec lui. Il aurait bien aimé régulariser leur liaison mais il savait que le curé ne l'accepterait pas: l'inceste est tabou. Car Justo et Margarita sont l'oncle et la nièce. Le vacher sera lui aussi accusé à tort de la mort de son patron... Pourtant ce conte débutait par de belles descriptions de la nature, des sentiments...

 (7 pages)

 

  Talpa.

  C'est le nom de la ville d'un pèlerinage. Ils sont trois à s'y rendre: Tanilo, qui espère un miracle et recouvrer la santé; son épouse et son frère l'accompagnent. On suit avec angoisse le martyre de cet homme qui se traîne des semaines durant sur les chemins, pour mourir une fois son calvaire accompli. (11 pages)

 

  Macario.

  Paru en Novembre 1945, dans la revue littéraire Pan, ce conte met en scène un orphelin recueilli par une marâtre qu'il désigne sous le nom de marraine, qui le nourrit à peine. Il idolâtre la servante, Felipa. Relations quasi incestueuses avec celle-ci, je n'ai pas réussi à me faire une idée de l'âge de l'orphelin, qui pourrait tout aussi bien être adulte, "l'idiot du village", ou ado, ou enfant?...

(6 pages)

 

  Le Llano en flammes.

    Voici le conte qui a donné son nom au recueil. Un des plus longs aussi. Histoire de la guérilla menée par la  bande de Pedro Zamora ( des Cristeros?) contre l'armée du  général Petronilo Flores.

  Tumulte, chaleur accablante, attente en silence se succèdent et ajoutent à l'oppression du récit. Beaucoup de morts. 

  Cinq parmi les  survivants vont se terrer plusieurs mois "dans la gorge du Tozín, là où l'Armería s'encaisse pendant des heures avant de rejoindre la côte". Ils y élèvent des poules et chassent le chevreuil jusqu'à ce qu'un envoyé de leur chef batte le rappel.

   "Il portait deux cartouchières croisées sur la poitrine... et, en travers de la croupe de son cheval un tas de fusils qui avait l'air d'un simple paquetage. Il a mis pied à terre. Il nous a distribué les fusils..."

  Le style est concis, percutant, on le vit. "Bien avant d'arriver à San Buenaventura, nous avons vu les fermes en feu... On a continué à aller de l'avant... pour achever la besogne. C'était un plaisir de voir cette colonne d'hommes traverser encore une fois le Llano Grande comme au bon vieux temps. Comme au commencement... Et maintenant, elle [cette époque] sembait revenir... On est tous partis vers San Pedro. On y a mis le feu et on a filé sur Petacal... Ca faisait drôlement plaisir de voir le feu avancer dans les champs... une fumée qui sentait bon la canne et le miel... Nous on surgissait de la fumée comme des épouvantails... poussant de tous les côtés le bétail...là où on le dépècerait. C'était ça, alors, notre affaire: les cuirs..."

  Les troupes les trouvent, les massacrent. Ce sont maintenant celles du général Olechea, après celles d'Urbano qui n'étaient pas vaillantes. Les hommes, des montagnards résistants et intrépides et des Indiens tepehuanes... "qui restaient parfois des heures entières à vous guetter, l'oeil fixe, sans ciller". "Attaquer les fermes, c'était tout de même plus facile que de tendre des embuscades aux troupes du gouvernement."

  Ils se dispersent, Pedro Zamora aime jouer au torero avec ses prisonniers qui n'ont aucun espoir de s'en sortir. La plupart n'essaient pas d'éviter le poignard; un seul, un vacher longiligne luttera. Cela excite Zamora qui jouera dès lors au taureau plus souvent.  

  Ils feront dérailler un train, mais devant les dégâts, les dizaines de morts, en resteront glacés de peur. Ce sera leur dernier fait d'armes. Les soldats viendront les déloger. Cinq ans encore à divaguer, et trois de prison et... retour à la vie normale.( 18 pages)

 

  Dis-leur de ne pas me tuer.

  "¡ Diles que no me maten!" paru dans la revue America. C'est l'épilogue d'un drame qui s'est noué trente-cinq ans plus tôt. Toujours la vengeance, le pardon n'existe pas.

(9 pages)

 

  Luvina.

  Le récit d'un vieil instituteur qui a vécu bien des années plus tôt dans ce village oublié des dieux, où ne restent que des femmes, des enfants en bas âge et des vieillards. Ils sont ravitaillés de temps à autre par un des hommes partis gagner leur pain ailleurs (comme eux-même l'avaient fait du temps de leur jeunesse), qui, au passage, ensemence son épouse... Les vieux ne peuvent quitter ce lieu car qui veillerait les morts? C'est maintenant le tour d'un jeune instituteur de rejoindre le village venté. Pessimisme ambiant. (10 pages)

 

  La nuit où on l'a laissé seul.

  Histoire d'un Cristero qui a la vie sauve de justesse. (5 pages)

 

  Paso del Norte.

  Récit très actuel. L'échec de clandestins qui tentent de gagner les USA pour travailler. Le portrait du grand-père avaricieux est très noir. (9 pages)

 

  Rappelle-toi.

  Le ton de ce conte est plus enlevé, presque joyeux. Le dénouement ne l'est pas. (4 pages)

 

  Tu n'entends pas les chiens aboyer.

  Récit du courage d'un vieux père qui va aller au bout de ses forces pour tenter de sauver son fils blessé. Il ne le fait qu'en souvenir de la mère du fils, parce qu'elle l'aurait voulu. Lui sait bien que l'homme est un bandit. Noir. (6 pages)

 

  Le jour du tremblement de terre.

  Le gouverneur, un géologue et des gens qui s'y connaissent vont rendre visite aux survivants d'une bourgade touchée par un important séïsme. Ils vont se baffrer et s'alcooliser pendant des heures aux frais du contribuable. C'est le récit qui m'a le plus amusée. Humour noir, grinçant, surréaliste, une réussite. (9 pages)

 

 L'héritage de Matilde Arcángel.

  Euremio père et fils vivaient seuls. Le premier détestait le second qu'il accusait de tous les maux. Noir. ( 8 pages)

 

  Anacleto Morones.

  Le recueil se termine sur ce conte. Il résume presque l'absurdité de tout ce qui précède. On y parle d'inceste, de meurtre, de cocufiage mais il est drôle. Il y a des rebondissements, du cocasse. Il permet de souffler après tous les autres contes. (17 pages)

 

 

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