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Éditions Gallimard, 2002, pour la présente édition.
Le cerf et le chien. 16 pages.
 Ce conte rappelle Le chien et le loup de Monsieur de La Fontaine; rien ne vaut la liberté mais elle a un coût et c'est très cher payé: le prix du sang.

  Ici nous voyons entrer en scène le chat, futé, de bon conseil, autoritaire et grand coeur. Il aide les petites à cacher un cerf. Non sans mal; sans le chien Pataud qui vint à la rescousse ils n'y seraient pas parvenus. Pataud est un transfuge de la meute qui chasse le cerf. Mais n'allons pas trop vite en besogne: à cette époque-là, au début du conte, Pataud est tout juste dissident. Il est arrivé à la ferme avec la solide intention d'y débusquer le cerf, ce sont les larmes des petites qui l'ont fait craquer. Dès lors il va se mettre momentanément au service des fillettes, les aidant à ourdir un complot. Il savait que sans leur flair les chiens de chasse seraient incapables de repérer leur proie...

  Le temps a passé, le cerf s'est laissé convaincre qu'il valait mieux vivre sous le joug que pas du tout. Il va faire ami-ami avec le boeuf (bien que son apparence physique ait d'abord fait mourir de rire le dit boeuf). Il a exigé des parents un jour de congé, le dimanche...

  Hélas, les parents ne sont pas des poètes et bien que le travail du cerf leur ait fait retarder l'achat d'un autre boeuf, ils perdent patience et le bastonnent. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Le cerf retourne à sa chère forêt, pleine de dangers.

  Pataud, chien de meute, quittera définitivement son service quand le cerf, mourant, lui demandera de porter une petite marguerite à Delphine et Marinette, en remerciement de leur affection.

  Voici Pataud transfuge, acceptant le métier de chien de garde, moins prisé, dévalorisé, pour rester auprès des petites et cultiver la fleur du souvenir. Quelle est la morale de ce conte? Nul ne peut échapper à son destin est trop pessimiste; disons alors que le fait même de vivre est une prise de risques et qu'il faut toujours peser le pour et le contre avant de prendre une décision qui engendrera des changements?

  Beau et triste.  

Les cygnes. 14 pages.

Ici l'auteur exploite le même filon pour entrer dans le conte: les fillettes promettent aux parents de ne pas enfreindre une défense, mais bien entendu, à peine ont-ils disparu au coin de la ferme, qu'emportées par leur imagination elles s'envolent loin des interdits.

  Les voici préoccupées par le sort des orphelins, des animaux orphelins; et prêtes à se faire adopter elles aussi. Qui n'a pas rêvé, enfant, d'intégrer un autre foyer, où l'éducation semble plus laxiste, les parents plus jeunes, plus "dans le coup", plus sympathiques, moins préoccupés par le devenir des bambins plus copain-copains?

  Les voilà donc embarquées sur un radeau tiré par des cygnes, qui, faute de preneur sérieux pour l'adoption des fillettes, se décident à en faire leurs pupilles. Mais ils sont sévères, ils ne mangent pas comme elles, elles réalisent que ce n'est pas leur monde. Après bien des péripéties les voilà de retour à la ferme avant le retour des parents. Pour ce faire le vieux cygne va sacrifier ses dernières forces et s'éteindre au milieu d'un champ. Les parents qui ont assisté à son agonie, et entendu son chant d'adieu, en sont tous retournés, ils font preuve de sentiment .

Le mouton. 16 pages.

L'oncle Alfred a offert un agneau aux petites qui l'ont élevé au biberon. La bête partage leurs jeux et leurs ébats au grand dam des parents qui les préféreraient s'attelant à des tâches domestiques.

  Mais voici que passe sur la route un soldat caracolant sur son fier destrier. Hélas! Il est vite désarçonné par sa monture peu encline aux démonstrations de prestige. Grâce à l'intervention des parents le canasson a la vie sauve: il est échangé contre le mulet... le mulet contre l'âne... l'âne contre le mouton... Le soldat dépeint sous un mauvais jour, balourd, ivrogne, quitte la ferme juché sur le mouton. Les parents ont gagné au change, sauf que le cheval ne se laisse pas enfermer à l'écurie! Il aide les petites à pister le soldat et court prévenir l'oncle Alfred du méfait des parents.

  Lesquels parents tremblent. On suppose qu'ils craignent de se faire déshériter, qui sait?

  Enfin, tout ce beau monde est réuni dans la cour de ferme et tout est bien qui finit bien, sauf pour le soldat qui part à pieds à la guerre mais il semble que l'auteur de cette fabulette était quelque peu désenchanté sur les capacités de la Défense d'alors...

Les boîtes de peinture. 15 pages.

Jolie fable qui sent bon l'enfance: les beaux dessins, la désobéissance, la ligue contre les parents et l'imagination à tout crin. Delphine et Marinette entreprennent de faire le portrait des animaux de la ferme, ce qui n'est pas une mince affaire. Ce faisant, elles désobéissent aux parents qui leur ont donné des tâches qu'elles devraient accomplir en leur absence. Le chien et le canard se dévouent pour laisser le champ libre à leurs petites compagnes. Mais les résultats des artistes blessent profondément les modèles qui se murnt dans leur amour-propre et qui, se voyant tels que leur image les montre, se déclarent dès lors inaptes aux travaux agricoles. Les parents vont chercher du secours auprès du vétérinaire pendant que le canard met tout en oeuvre pour réparer le moral des troupes...
Les vaches. 16 pages.
Voici une scène de la vie rurale de ce début du XXe siècle: Delphine et Marinette partent garder les vaches. Elles emportent leur panier-repas, celui du chien et le quatre heures. Dans les prés au bord de la rivière l'herbe est abondante et surtout gratuite, donc les parents recommandent aux vaches de s'en mettre plein la panse!
  Tout est calme? Non! Nous sommes en plein roman policier: d'abord une vache, puis tout le troupeau vont disparaître. Le cochon propose ses services de fin limier: il a fréquenté un chien policier et se fait fort d'appliquer ses leçons. Les bohémiens font une cible idéale, surtout quand le chef de la tribu livre des aveux...
  On irait tout droit à une erreur judiciaire sans l'intervention du rusé canard; d'autant plus que le cochon fin limier s'est fait kidnapper, lui aussi.
  Et les parents me direz-vous? Oh! Grâce aux complicités de tous les animaux qui endossent le rôle des vaches et de la nuit noire, la fée électricité n'ayant pas droit de cité à l'étable, les petites vont pouvoir camoufler la disparition du troupeau pendant quarante-huit heures!
  Quant à la rapporteuse patentée, Cornette, son récit de l'aventure va la décrédibiliser auprès des parents et il est fort à parier que sous peu elle mijote en Bourguignon ou daube provençale...  
Confidences. 7 pages. 
C'est l'histoire touchante d'un petit gars, un Titi, pendant la guerre 39-45. Pas une histoire de guerre, non, une histoire de gosse qui a menti pour s'attirer l'amitié du cancre qu'il admire pour ses prouesses à faire tourner le maître en bourrique. Notre Titi vient de changer d'école, il est studieux et très bien élevé. Il a des parents aimants, une petite soeur. Seule ombre au tableau mais qui est de taille: la misère. La misère digne. Le père est au chômage et il faut rogner sur toutes les dépenses pour survivre. Et surtout la faim qui tenaille... Très beau récit.
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