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Éditions Gallimard, 2002, pour la présente édition.
Le romancier Martin. 22 pages.
Martin a un certain succès auprès de la critique et du lectorat avec ses romans. Pourtant il ne peut s'empêcher de faire mourir allègrement tous ses personnages et peu à peu il se met à angoisser son petit monde. Son éditeur, pour sauver la mise aux héros lui coupe les vivres. Il lui met un marché en main. Soit il épargne les personnages de son histoire et il le rétribue, soit il persiste à éliminer ceux-ci et il l'oublie. Quand on est un créateur on tire les ficelles, on juge, on décide, on opte, on est libre. Martin va profiter de ce pouvoir fabuleux, tel Dieu le père et entortiller son éditeur... 
Je suis renvoyé. 11 pages.
Déjà la crise frappe. Déjà le spectre du chômage hante les employés et la cloche attire les presque démunis comme un aimant, comme un salut. Le petit homme n'est pas syndiqué, il ne connaît pas la lutte des classes, il respecte, il révère son patron et la banque qui l'emploie. Il vit son renvoi comme un affront, une tâche indélébile. Ce soir il se laissera aller à errer au lieu de rentrer au foyer; il ne peut pas, il ne pourra plus affronter le regard de l'épouse et des enfants à nourrir.
L'élève Martin. 12 pages.
Beaucoup de tendresse entourent cette scène de l'école d'autrefois. On ne peut plus imaginer la rigueur de la discipline, l'engagement des professeurs auprès de ces plus ou moins cancres qui leur étaient confiés aux fins d'en faire des citoyens accomplis. Or un affaire qui sent l'injustice à plein nez éclate. La révolution gronde. Les enseignants se liguent contre la rigueur de l'administration, la justice hurle contre l'arbitraire,  et nous nous délectons de ce récit surgi des oubliettes.
Le temps mort. 11 pages.
Étonnante réflexion, sous des dehors vaudevillesques, sur le temps qui passe, qui nous échappe, qui s'étire ou qui s'enfuit. Pourquoi une heure en semble-t-elle deux ou trente minutes? Vaste sujet philosophique traité comme en passant, à vous de méditer et de vous faire une opinion sur la justesse des arguments avancés.
Le cocu nombreux. 10 pages.
Dédoublement de corps et rétrécissement des esprits, n'est pas fou qui croit...
L'âme de Martin. 9pages.
Voilà un homme qui rate son suicide après avoir liquidé les siens (et un voisin curieux...). Il s'enquiert auprès d'un prêtre du tarif de remise de peine. Ayant calculé que son âme allait écoper d'une cinquantaine d'années au purgatoire, il laisse au prêtre l'équivalent d'un siècle de rachat, soient toutes ses économies. Ceci assuré il s'en va au commissariat de quartier où il lui faut insister pour se faire arrêter car c'est l'heure de fermeture... Une belle leçon d'anticléricalisme... 
Rue de l'évangile. 15 pages.
Quartier de la Chapelle. Un malheureux arabe croupit dans un coin de cave. Vêtu d'une capote crasseuse, peut-être soldat pendant la Grande Guerre, ayant perdu l'usage de la parole, sombré dans l'abêtissement? Ce n'est pas écrit. Ce qui l'est ce sont tous les sobriquets avilissants dont les habitants du quartier l'affublent. La bêtise et la méchanceté ordinaires se rejoignent au café du coin en la personne du couple de tenanciers. Ce récit laisse amer.
Conte de Noël. 7 pages.
Comment se résoudre à la sévérité quand votre coeur déborde de compréhension, se demande l'adjudant, dont le métier est de faire plier les hommes? L'enfant Noël va l'aider à accomplir une bonne action...
La statue. 11 pages.
Et voici le dernier Martin: un inventeur qui s'abîma sur toutes sortes de créations et eut son heure de gloire. On lui éleva une statue et on l'oublia. Il maudit les gens qui ignoraient le bronze puis il maudit le bronze et tomba dans la déchéance. Encore une fable sur le devenir tristounet du monde même si c'est traité sur le mode humoristique...
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