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roman

Editions du Seuil

2010

 

  L'auteur, Charles, nous conte une saga familiale. Il remonte à l'époque de ses grands-parents. Son grand-père maternel Georges bey Batrakani, le roi du tarbouche, avait fait construire une villa cossue dans les beaux quartiers du Caire et une de ses tantes l'habite encore. C'était au tout début du XXe siècle. Ils sont chrétiens, descendants de syriens et installés sur les bords du Nil depuis bien des générations. Ils se sentent égyptiens. Certains égyptiens les ressentent comme étrangers. Le nom, les usages, l'habillement, les unions? Qu'est-ce qui fait qu'on finit par quitter un pays après plusieurs centaines d'années, sinon que dès le départ la greffe n'a pas pris? C'est terrifiant ce rejet. Dès que ça se gâte on montre du doigt celui qui vient d'ailleurs, qui n'a pas sa place, qui prend forcément celle d'un autre...C'est au moment de la Révolution, après la nationalisation du Canal de Suez, l'abolition de la royauté et l'abandon du port du tarbouche considéré comme viscéralement lié à l'ancien régime que la situation des "greffés" va se détériorer. Un des oncles, Paul gagnera les terres de Suisse où il donnera libre cours à son arabo- phobie, Alex, le petit dernier n'ira qu'au Liban, mais il tombera dans le piège de la haine et de la guerre dite civile. Qu'existe-t-il de moins civil qu'une guerre? Le grand-père est mort sur la terre d'Egypte et sa dépouille y restera. 

   Lui, Charles,le conteur va rejoindre Paris où il se sent des attaches. Élevé dans l'amour de la langue française il se sent chez lui sur le sol de France. Confidence pour confidence je me suis sentie égyptienne, enfin plutôt syro-libanaise assimilée égyptienne et je me suis vue évoluer très à l'aise dans son milieu: familial, amical... de là à émigrer...

  Ce qui fait la réussite de ce roman c'est aussi sa construction. Charles a hérité de son oncle maternel, Michel Batrakani, les journaux intimes. Il en est imprégné. Quand il vit une situation il recoupe immédiatement avec un fait similaire relaté quelques dizaines d'années plus tôt par son oncle et parrain. Et on réalise que rien n'est jamais nouveau sous le soleil, fût-il celui de Râ!

  Lisez ce très beau récit, moi j'en redemande, je m'en vais fureter dans les rayons à la recherche d'une autre perle de moi méconnue. 

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